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ECRITURES, sophie lannefranque

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    Site créé le 07/02/2009
    Mise à jour le 08/05/2012
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Il est tombé

Enfant devant la porte

Il est tombé

Sans faute rongé de doutes

Il est tombé

A la pire heure de la nuit

Il est tombé

Dans le ventre d’un chat hilare

Il est tombé

Accroché à la branche par le haut du futal ça l’a pourtant pas empêché de se fendre la gueule

Il est tombé

Il l’a bien cherché après tout

Il est tombé

Dans la viande, la crème anglaise, les beignets de pomme de terre que sa maman lui faisait

Il est tombé sur une garce

Pas la première pas la dernière

Il est tombé

D’autres avant lui

Il est tombé

Lâchant le chalumeau à vingt mètres

Sur un échafaudage branlant

Sans casque sans sécurité de l’emploi

Il est tombé

Dans une mare de vinasse issue de lui-même

Il est tombé sur un petit ange blond ce qui pouvait lui arriver de meilleur au point où il en était et il a laissé filer le miracle qui se présentait à lui de son plein gré le bonheur l’avait toujours emmerdé il voulait écrire putain et sans souffrance il reste quoi à dire Rien on cueille des pâquerettes on se lèche les doigts

Il est tombé

Cent fois mille fois au ralenti même qu’il a fait semblant de tomber ce con

Il est tombé sur son père ou plutôt c’est son père qui lui est tombé dessus c’est dur à se rappeler

Il est tombé en syncope en hypertrophie de la rate en tuberculose

Il est tombé ébloui devant une toile dont la couleur lui a chauffé la nuque comme le baiser d’une pute

Il est tombé exprès en plein sur la gueule, faut que ça se voie il dit, sinon c’est pas la peine de tomber

Il est tombé sur l’angle d’une table

Il est tombé des rires plein les cheveux

Il est tombé splendide au milieu des convives en criant :

« Tu es belle oh mortelle comme un rêve de pierre»

Il est tombé sur une mouche pour qu’elle la ferme une fois pour toute

Il est tombé de jour un vendredi il a glissé sur une plaque gelée

Il est tombé à différents endroits sans importance

D’ailleurs même ça c’est pas important

Pourtant il a fallu qu’il en parle

Le con

Ça lui suffit pas de tomber

Faut encore qu’il la ramène.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tags associés : tombe, hommage, charles, bukowsky

J'kaz !
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Mardi 08 Mai 2012Poster un commentaire

 

 

L’homme au corps doux, moelleux, arrondi dans sa barbe

L’homme gai aussi grand qu’un clocher à deux jambes

L’homme blond à l’œil droit s’en allant voir de biais

à la douceur timide en rouge de boucher

L’homme chat sombre et lent perdu en ses nuages

L’homme au rare prénom écoutant concentré

le visage apaisé le buste un peu penché

L’homme à la main crochue et  qui danse en boitant

un sourire fiévreux combattant ses douleurs

L’homme aux yeux bleus et pâles hilare en sa musique

L’homme muet, sérieux, 

s’illuminant soudain, rieur, une seconde

L’homme au corps, à la bouche, aux mains, au ventre chauds

L’homme bavard et frais, drôlement balafré

L’homme singe à rebonds souriant dans sa peau d’or

L’homme femme et enfant jamais où l’on l’attend

L’homme fort, chevelu brassant de ses bras longs

l’air embué d’alcool où il se rit de tout

L’homme au regard ouvert sous ses cheveux de jais

L’homme à la voix si belle et grave, aux mots sculptés

L’homme brun délicat debout à la fenêtre

ses grandes mains dociles effleurant le rebord

costume impénétrable un peu flottant dans l’air

et de folles pensées qui volent à travers

L’homme tout en fumée naviguant à pas lents

les paupières battant en son large pays

L’homme à l’odeur de fruit

L’homme marchant, son poids s’écoulant dans la terre

L’homme ombre, carnassier, habité de fantômes

L’homme au goût de piment

L’homme enivré de livres, ajoutant à son vin

toute la poésie qu’il faut à son chagrin 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tags associés : homme

J'kaz !
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Jeudi 19 Avril 2012Poster un commentaire

 

 

Le saviez-vous ? D'étranges choses ont lieu en ce monde. En ce moment même, tout près d’ici, palpite une vie secrète, oubliée, une vie qui chaque jour recommence devant nos paupières ensommeillées.

  

Chaque matin à l’aube, tandis que nous dormons, des grappes d’êtres vivants surgissent des profondeurs de la rivière, trempés et lumineux. Ils gagnent lentement le rivage et s'échouent dans l’herbe tendre, chauffée par les premiers rayons du soleil.  Une fois secs, ils grimpent la colline et abordent la terrasse ensoleillée d'un petit café suspendu. A peine installés sur une chaise en plastique, sous un parasol rayé, ils prennent forme humaine et s'étirent à la vie, aspirant, le long d’une paille, une boisson gazeuse et fraîche. Quelques steak-frites plus tard, une dernière goutte de ketchup à l’esprit, ils agitent à nouveau la langue à la recherche de paroles. Peu à peu, leurs gorges se renversent sous les rires, leurs chants se mêlent au vent tournoyant, leurs pieds nus claquent sur la dalle de pierre, arrachant la mousse verte qui les recouvrait encore.

Puis, vient le silence.

 

Que faire ? pensent-ils, brusquement inquiets. Une main en visière, ils maintiennent le soleil à l’écart. Leurs yeux défient l’horizon immense. Un héron traverse le ciel, les ailes pleines d’air.

Soudain, un homme se lève, hèle un camion sur la route et s’enfuit à bord, crachant la fumée d'une destinée nouvelle. Un autre frappe un caillou contre le sol, faisant trembler la paroi rocheuse. Un autre s’enfonce dans la forêt, vaincre un dragon quelconque, par amour d’une fée. Un autre craque une allumette, son visage s’illumine à la lueur de cet infime brasier. Un autre chausse des bottes et s’en va faire pousser la courge géante qui le rendra célèbre. Un autre fume, calmement. Un autre saisit un bœuf au lasso et le débite en tranches parfaitement égales. Un autre réunit un petit groupe autour de lui. Ils imaginent un village où il fera bon être heureux, ensemble.

- Il sera ici, dit l'un.

- Il sera là-bas, dit l'autre.

- Si je veux, dit le troisième.

Premières disputes, destinées à durer. Au-delà du niveau des eaux, l'homme devient solide. Et dur. Il oublie les flots, le flux, les ondoiements, la douce bouche des poissons, le tourbillon de l’eau entre les pierres, la profondeur des grands fonds muets, la transparence, le reflet de son âme mouvante dansant avec le courant. Arc-bouté à sa colère, il oublie que sa vie dure un seul jour. Immobile, il contemple les mille plis de la robe de celle dont il n’ose plus goûter la chaire tumultueuse, de peur d’y perdre son poids.

Puis, il se fait tard.

Quelqu’un l’appelle d’une voix claire, amoureuse, suivie d’un rire d’enfant. Il rentre chez lui. Il s’endort. Il fait un rêve étrange où il nage, trempé et lumineux.

Il l’oubliera, à l’aube.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tags associés : pÊche, homme

J'kaz !
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Jeudi 05 Avril 2012Poster un commentaire

 

 

Il était vert, totalement vert. Vert d’un bout à l’autre. Pas moyen de le cacher, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure, comme la figure au milieu du potager, comme le loup dans la bergerie, même s’il enfile une jupe en laine. Il était concombre. Concombre de père en fils. Fils de concombre, petit fils de concombre, arrière-arrière petit fils de Cucumis, légume charnu et rugueux, lui-même issu des chez les cucurbitacées, en Egypte, il y a 3000 ans.

Concombre de bout en bout. D’un bloc. Pas moyen de trouver la tête. Même de profil, on pouvait le reconnaître. Même de dos. Aucune fuite possible. Son avenir était tout tracé : poussée des feuilles/ éclosion des fleurs/ apparition du fruit/ consommation de juillet à septembre. Il était programmé pour tout, y compris emmerder les gosses qui en planquaient des rondelles sous le canapé.

Face aux autres, il le savait, il n’avait aucune chance. Les autres, les vrais : la courge, chaude, généreuse, massive, le poireau, élégant et racé, le radis, espiègle, la tomate, populaire, la carotte, chevelue, même le navet goguenard et l’épinard, mou mais luxuriant. Eux savaient intéresser, distraire, épater la galerie marchande dans une explosion de couleurs odorantes. 

Il avait honte. Honte de sa fadeur. De sa forme oblongue, sinistre. Des sa teinte maladive de pharmacie dans le brouillard. Il voulait s’échapper de cette carte d’existence, sauter hors de la cuisine familiale, imaginer un ailleurs, une autre vie. II aurait tant aimé avoir des branches, des plumes, des dents, des poils, savoir nager, butiner, parler une langue étrangère, chevaucher un poney… ou un âne. Même un poulet aurait suffi ! Juste un petit trot, la crête dans les pâquerettes…

De toute son âme encombrée de décombre, il refusait d’être parqué, de vivre à terre jusqu’à ce qu’une main caoutchoutée le ramasse, le conduise sur l’échafaud du bourreau épluche légumes pour une exécution sommaire et de finir tranché dans des assiettes plates, parmi des tomates naines qui se gaussent. Il voulait vivre, lâcher la grappe des cousins cornichons, réunis cet été encore, sautillant dans la machine à laver, avant d’allonger leurs cadavres stupides et hilares dans de la charcuterie beurrée.

Que croyez-vous qu’il arriva ? Et oui.

Un matin, il s’arracha de son carré d’herbe.

Il faisait beau comme il fait beau, les jours de grandes décisions. Le monde l’accueillait en ses bras somptueux vers une destinée nouvelle et incertaine. Son ombre s’allongea dans l’ardent soleil. Floc floc fit son corps plein d’eau. L’avenir lui appartenait. Personne ne le prendrait plus pour un concombre.

Il vécut. Vint l’automne. Puis l’hiver. Sur sa route, il croisa une ancienne mûre, résistante aux gelées, un quignon de pain solidaire, une boule de Noël échappée du sapin. Il vécut le grand amour avec une girolle très libérée, sous les sapins, au fond de la terre chaude. Il ne ressemblait déjà plus à ce qu’il était, autrefois. Il s’était musclé, à force de marcher. Des yeux lui avaient poussé, à force de voir. Ils brillaient comme deux petits feux. Il était épuisé… mais heureux.

Il revint au potager, l’été, pour parler aux jeunes concombres. Il leur raconta la neige, les torrents, les beautés sauvages, l’air pur des hauteurs… La plupart n’entendaient rien, trop occupés à calculer lequel d’entre eux était le plus long, le plus gros, le plus beau.

Il vieillit. Il devint in-mangeable. Il ne ressemblait plus à rien de normal, de rassurant. Il n’aurait pas le droit à une retraite paisible dans le bac à légumes, aucune concession mortuaire au compost. Il ne connaîtrait jamais le tzatziki, cette recette grecque de concombre au yaourt, à l’huile d’olive et aux feuilles de menthe fraîche. Mais tant pis, il était fier.

Il avait choisi sa propre vérité hors des rangs d’oignons. Pas de salades. Juste lui.

Celui qui avait cueilli les ronces de la vie.

Le végétal libre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tags associés : fils, concombre

J'kaz !
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Mardi 27 Mars 2012Poster un commentaire

 

 

Doux remous des vagues

Dans le pastis

Vent qui tangue

Terrasse bruyante de rires

Il relâche enfin ses muscles

Visage apaisé 

Juste la chaleur

Il est heureux

D’être humain

Au moins jusqu’à demain

Son chandail le gratte

Il n’y prête pas attention

Ne veut pas le savoir

Il se gratte

Mais il se contient

Pense à la mer

Y plonge en pensées   

Elle est si belle

Si douce

Il se gratte

La mer file un mauvais coton, pense-t-il

Un requin sommeille dans son estomac

Entre les parasols de corail

Il se gratte

Ce n’est rien

Une allergie  

Un autre pastis

Détendre encore le muscle

 

Demain j’irai cueillir les ordures nouvelles

A la lueur tournante de mon phare orangé

Tel un gnome serviteur

Au royaume d’un comte malade de chagrin

Parce qu’il aura perdu

Je ne sais quelle botte de cuir

La botte est là

Dans le tas de gravats

Moi seul le sais

Il se gratte

Je vaux mille fois cet homme

Et tous les autres

Chevaliers affamés d’amours

Carcasses vides

Tous égaux devant l’éboueur

Dans la mer de crasse

Il se gratte

Il se gratte

 

Il se gratte et soudain

 

Arrache le chandail insupportable

S’avance titubant dans le port

Accroche le chandail à une pierre

La jette à la mer

Il coule

 

Mon histoire

Finira bien

Je ne fais pas de mal

Aucun mal

Pas moi qui exécuterais des innocents

Bien que parfois

Dans mes rêves

Le requin

L’estomac

 

La pierre coule

 

Mon histoire finira bien

Je te le dis

Je serai transformé

Guéri

Vainqueur de ce dragon incendié à la cuirasse immonde et puante la gueule débordant de rebuts

De mon feu orange je luis

Je détruis la poussière

J’extermine le dégueulis des hommes

Regarde

Je suis sur ma montagne de neige

Mes mains sentent bon le savon

Mon visage sent bon le savon

Mes pieds sentent bon le savon

Tout mon être sent bon le savon

Le savon de Marseille

Et le pastis

Heureux jusqu’à demain

mon frère

 

Heureux jusqu’à demain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tags associés : solitude, l’Éboueur

J'kaz !
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Mardi 20 Mars 2012Poster un commentaire
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