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Il est tombé Enfant devant la porte Il est tombé Sans faute rongé de doutes Il est tombé A la pire heure de la nuit Il est tombé Dans le ventre d’un chat hilare Il est tombé Accroché à la branche par le haut du futal ça l’a pourtant pas empêché de se fendre la gueule Il est tombé Il l’a bien cherché après tout Il est tombé Dans la viande, la crème anglaise, les beignets de pomme de terre que sa maman lui faisait Il est tombé sur une garce Pas la première pas la dernière Il est tombé D’autres avant lui Il est tombé Lâchant le chalumeau à vingt mètres Sur un échafaudage branlant Sans casque sans sécurité de l’emploi Il est tombé Dans une mare de vinasse issue de lui-même Il est tombé sur un petit ange blond ce qui pouvait lui arriver de meilleur au point où il en était et il a laissé filer le miracle qui se présentait à lui de son plein gré le bonheur l’avait toujours emmerdé il voulait écrire putain et sans souffrance il reste quoi à dire Rien on cueille des pâquerettes on se lèche les doigts Il est tombé Cent fois mille fois au ralenti même qu’il a fait semblant de tomber ce con Il est tombé sur son père ou plutôt c’est son père qui lui est tombé dessus c’est dur à se rappeler Il est tombé en syncope en hypertrophie de la rate en tuberculose Il est tombé ébloui devant une toile dont la couleur lui a chauffé la nuque comme le baiser d’une pute Il est tombé exprès en plein sur la gueule, faut que ça se voie il dit, sinon c’est pas la peine de tomber Il est tombé sur l’angle d’une table Il est tombé des rires plein les cheveux Il est tombé splendide au milieu des convives en criant : « Tu es belle oh mortelle comme un rêve de pierre» Il est tombé sur une mouche pour qu’elle la ferme une fois pour toute Il est tombé de jour un vendredi il a glissé sur une plaque gelée Il est tombé à différents endroits sans importance D’ailleurs même ça c’est pas important Pourtant il a fallu qu’il en parle Le con Ça lui suffit pas de tomber Faut encore qu’il la ramène.
Mardi 08 Mai 2012Poster un commentaire
L’homme au corps doux, moelleux, arrondi dans sa barbe L’homme gai aussi grand qu’un clocher à deux jambes L’homme blond à l’œil droit s’en allant voir de biais à la douceur timide en rouge de boucher L’homme chat sombre et lent perdu en ses nuages L’homme au rare prénom écoutant concentré le visage apaisé le buste un peu penché L’homme à la main crochue et qui danse en boitant un sourire fiévreux combattant ses douleurs L’homme aux yeux bleus et pâles hilare en sa musique L’homme muet, sérieux, s’illuminant soudain, rieur, une seconde L’homme au corps, à la bouche, aux mains, au ventre chauds L’homme bavard et frais, drôlement balafré L’homme singe à rebonds souriant dans sa peau d’or L’homme femme et enfant jamais où l’on l’attend L’homme fort, chevelu brassant de ses bras longs l’air embué d’alcool où il se rit de tout L’homme au regard ouvert sous ses cheveux de jais L’homme à la voix si belle et grave, aux mots sculptés L’homme brun délicat debout à la fenêtre ses grandes mains dociles effleurant le rebord costume impénétrable un peu flottant dans l’air et de folles pensées qui volent à travers L’homme tout en fumée naviguant à pas lents les paupières battant en son large pays L’homme à l’odeur de fruit L’homme marchant, son poids s’écoulant dans la terre L’homme ombre, carnassier, habité de fantômes L’homme au goût de piment L’homme enivré de livres, ajoutant à son vin toute la poésie qu’il faut à son chagrin
Tags associés : homme
Jeudi 19 Avril 2012Poster un commentaire
Le saviez-vous ? D'étranges choses ont lieu en ce monde. En ce moment même, tout près d’ici, palpite une vie secrète, oubliée, une vie qui chaque jour recommence devant nos paupières ensommeillées.
Chaque matin à l’aube, tandis que nous dormons, des grappes d’êtres vivants surgissent des profondeurs de la rivière, trempés et lumineux. Ils gagnent lentement le rivage et s'échouent dans l’herbe tendre, chauffée par les premiers rayons du soleil. Une fois secs, ils grimpent la colline et abordent la terrasse ensoleillée d'un petit café suspendu. A peine installés sur une chaise en plastique, sous un parasol rayé, ils prennent forme humaine et s'étirent à la vie, aspirant, le long d’une paille, une boisson gazeuse et fraîche. Quelques steak-frites plus tard, une dernière goutte de ketchup à l’esprit, ils agitent à nouveau la langue à la recherche de paroles. Peu à peu, leurs gorges se renversent sous les rires, leurs chants se mêlent au vent tournoyant, leurs pieds nus claquent sur la dalle de pierre, arrachant la mousse verte qui les recouvrait encore. Puis, vient le silence.
Que faire ? pensent-ils, brusquement inquiets. Une main en visière, ils maintiennent le soleil à l’écart. Leurs yeux défient l’horizon immense. Un héron traverse le ciel, les ailes pleines d’air. Soudain, un homme se lève, hèle un camion sur la route et s’enfuit à bord, crachant la fumée d'une destinée nouvelle. Un autre frappe un caillou contre le sol, faisant trembler la paroi rocheuse. Un autre s’enfonce dans la forêt, vaincre un dragon quelconque, par amour d’une fée. Un autre craque une allumette, son visage s’illumine à la lueur de cet infime brasier. Un autre chausse des bottes et s’en va faire pousser la courge géante qui le rendra célèbre. Un autre fume, calmement. Un autre saisit un bœuf au lasso et le débite en tranches parfaitement égales. Un autre réunit un petit groupe autour de lui. Ils imaginent un village où il fera bon être heureux, ensemble. - Il sera ici, dit l'un. - Il sera là-bas, dit l'autre. - Si je veux, dit le troisième. Premières disputes, destinées à durer. Au-delà du niveau des eaux, l'homme devient solide. Et dur. Il oublie les flots, le flux, les ondoiements, la douce bouche des poissons, le tourbillon de l’eau entre les pierres, la profondeur des grands fonds muets, la transparence, le reflet de son âme mouvante dansant avec le courant. Arc-bouté à sa colère, il oublie que sa vie dure un seul jour. Immobile, il contemple les mille plis de la robe de celle dont il n’ose plus goûter la chaire tumultueuse, de peur d’y perdre son poids. Puis, il se fait tard. Quelqu’un l’appelle d’une voix claire, amoureuse, suivie d’un rire d’enfant. Il rentre chez lui. Il s’endort. Il fait un rêve étrange où il nage, trempé et lumineux. Il l’oubliera, à l’aube.
Jeudi 05 Avril 2012Poster un commentaire
Il était vert, totalement vert. Vert d’un bout à l’autre. Pas moyen de le cacher, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure, comme la figure au milieu du potager, comme le loup dans la bergerie, même s’il enfile une jupe en laine. Il était concombre. Concombre de père en fils. Fils de concombre, petit fils de concombre, arrière-arrière petit fils de Cucumis, légume charnu et rugueux, lui-même issu des chez les cucurbitacées, en Egypte, il y a 3000 ans. Concombre de bout en bout. D’un bloc. Pas moyen de trouver la tête. Même de profil, on pouvait le reconnaître. Même de dos. Aucune fuite possible. Son avenir était tout tracé : poussée des feuilles/ éclosion des fleurs/ apparition du fruit/ consommation de juillet à septembre. Il était programmé pour tout, y compris emmerder les gosses qui en planquaient des rondelles sous le canapé. Face aux autres, il le savait, il n’avait aucune chance. Les autres, les vrais : la courge, chaude, généreuse, massive, le poireau, élégant et racé, le radis, espiègle, la tomate, populaire, la carotte, chevelue, même le navet goguenard et l’épinard, mou mais luxuriant. Eux savaient intéresser, distraire, épater la galerie marchande dans une explosion de couleurs odorantes. Il avait honte. Honte de sa fadeur. De sa forme oblongue, sinistre. Des sa teinte maladive de pharmacie dans le brouillard. Il voulait s’échapper de cette carte d’existence, sauter hors de la cuisine familiale, imaginer un ailleurs, une autre vie. II aurait tant aimé avoir des branches, des plumes, des dents, des poils, savoir nager, butiner, parler une langue étrangère, chevaucher un poney… ou un âne. Même un poulet aurait suffi ! Juste un petit trot, la crête dans les pâquerettes… De toute son âme encombrée de décombre, il refusait d’être parqué, de vivre à terre jusqu’à ce qu’une main caoutchoutée le ramasse, le conduise sur l’échafaud du bourreau épluche légumes pour une exécution sommaire et de finir tranché dans des assiettes plates, parmi des tomates naines qui se gaussent. Il voulait vivre, lâcher la grappe des cousins cornichons, réunis cet été encore, sautillant dans la machine à laver, avant d’allonger leurs cadavres stupides et hilares dans de la charcuterie beurrée. Que croyez-vous qu’il arriva ? Et oui. Un matin, il s’arracha de son carré d’herbe. Il faisait beau comme il fait beau, les jours de grandes décisions. Le monde l’accueillait en ses bras somptueux vers une destinée nouvelle et incertaine. Son ombre s’allongea dans l’ardent soleil. Floc floc fit son corps plein d’eau. L’avenir lui appartenait. Personne ne le prendrait plus pour un concombre. Il vécut. Vint l’automne. Puis l’hiver. Sur sa route, il croisa une ancienne mûre, résistante aux gelées, un quignon de pain solidaire, une boule de Noël échappée du sapin. Il vécut le grand amour avec une girolle très libérée, sous les sapins, au fond de la terre chaude. Il ne ressemblait déjà plus à ce qu’il était, autrefois. Il s’était musclé, à force de marcher. Des yeux lui avaient poussé, à force de voir. Ils brillaient comme deux petits feux. Il était épuisé… mais heureux. Il revint au potager, l’été, pour parler aux jeunes concombres. Il leur raconta la neige, les torrents, les beautés sauvages, l’air pur des hauteurs… La plupart n’entendaient rien, trop occupés à calculer lequel d’entre eux était le plus long, le plus gros, le plus beau. Il vieillit. Il devint in-mangeable. Il ne ressemblait plus à rien de normal, de rassurant. Il n’aurait pas le droit à une retraite paisible dans le bac à légumes, aucune concession mortuaire au compost. Il ne connaîtrait jamais le tzatziki, cette recette grecque de concombre au yaourt, à l’huile d’olive et aux feuilles de menthe fraîche. Mais tant pis, il était fier. Il avait choisi sa propre vérité hors des rangs d’oignons. Pas de salades. Juste lui. Celui qui avait cueilli les ronces de la vie. Le végétal libre.
Mardi 27 Mars 2012Poster un commentaire
Doux remous des vagues Dans le pastis Vent qui tangue Terrasse bruyante de rires Il relâche enfin ses muscles Visage apaisé Juste la chaleur Il est heureux D’être humain Au moins jusqu’à demain Son chandail le gratte Il n’y prête pas attention Ne veut pas le savoir Il se gratte Mais il se contient Pense à la mer Y plonge en pensées Elle est si belle Si douce Il se gratte La mer file un mauvais coton, pense-t-il Un requin sommeille dans son estomac Entre les parasols de corail Il se gratte Ce n’est rien Une allergie Un autre pastis Détendre encore le muscle
Demain j’irai cueillir les ordures nouvelles A la lueur tournante de mon phare orangé Tel un gnome serviteur Au royaume d’un comte malade de chagrin Parce qu’il aura perdu Je ne sais quelle botte de cuir La botte est là Dans le tas de gravats Moi seul le sais Il se gratte Je vaux mille fois cet homme Et tous les autres Chevaliers affamés d’amours Carcasses vides Tous égaux devant l’éboueur Dans la mer de crasse Il se gratte Il se gratte
Il se gratte et soudain
Arrache le chandail insupportable S’avance titubant dans le port Accroche le chandail à une pierre La jette à la mer Il coule
Mon histoire Finira bien Je ne fais pas de mal Aucun mal Pas moi qui exécuterais des innocents Bien que parfois Dans mes rêves Le requin L’estomac
La pierre coule
Mon histoire finira bien Je te le dis Je serai transformé Guéri Vainqueur de ce dragon incendié à la cuirasse immonde et puante la gueule débordant de rebuts De mon feu orange je luis Je détruis la poussière J’extermine le dégueulis des hommes Regarde Je suis sur ma montagne de neige Mes mains sentent bon le savon Mon visage sent bon le savon Mes pieds sentent bon le savon Tout mon être sent bon le savon Le savon de Marseille Et le pastis Heureux jusqu’à demain mon frère
Heureux jusqu’à demain
Mardi 20 Mars 2012Poster un commentaire
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